mardi, 29 novembre 2011

Quand la Démocratie laisse place à... autre chose...

La nomination de Mario Monti à la place de Silvio Berlusconi, si elle rassure l’Europe, les marchés, et bon nombre d’économiste, ne peut qu’être qualifiée de glissement d’une grande démocratie vers… autre chose !

La nomination d’un gouvernement de « professionnels » ne fait pas qu’envoyer le politique dans les cordes, mais le sort du ring, de la salle, et du stade !
Comment ne pas être épouvanté de voir ce déni de représentation ; comment ne pas être épouvanté et de se demander de quel légitimité populaire un tel gouvernement peut il se prévaloir ?

La démocratie italienne est bien différente de la notre. Elle repose sur un régime parlementaire bicaméral en deux chambres réunies au sein d’un même parlement. La chambre des députés et le Sénat. Toutes deux sur le même modèle d’élection au suffrage direct et proportionnel à majorité de siège. En clair, le courant arrivant en tête d’une élection reçoit 55% des sièges, les 45% restants sont attribués à la proportionnelle. Chaque Président de la République siège à vie au Sénat
Le Président de la République est élu pour 7 ans par les deux chambres réunies et les Délégués de régions.
Le chef de gouvernement est nommé par le Président de la république et prête serment. Il propose son gouvernement entériné par les assemblées dans un « vote de confiance ».
Ces assemblées ont également le pouvoir de destitution par le vote de défiance.

Si Monsieur Monti a effectivement obtenu ce vote de confiance (la plus large majorité depuis la constitution de 1948 avec seulement 69 votes contre), il est bon de préciser quelques points.
Affilié à aucun parti, économiste brillant, il est désormais à la tête d’un gouvernement de « techniciens ». Et là est tout le problème, malgré des sondages qui lui donne une côte de popularité sans précédent dans l’opinion. Aucun débat, aucune élection, pas la moindre chance pour les courants politiques n’a été donnée de faire valoir un programme !

Ainsi, aucune redistribution des cartes n’a été faite dans aucune des assemblées et le peuple n’a pas été consulté sur son choix pour l’avenir. On peut également considérer que la coalition ayant garantie la victoire à S. Berlusconi est toujours majoritaire.

Le peuple italien plébiscite donc par un sondage, mais ne s’est pas exprimé par la reformation de la chambre parlementaire.
Certes, les gouvernements ne sont pas obligatoirement « politiques » mais dans le cas présent, pas un ministre n’est issu d’une assemblée. Ce gouvernement n’a de justification que les attaques menées par des marchés spéculant une dette souveraine.

En outre, il semble qu’un jeu pervers ait eut lieu 3 jours avant la nomination de Monsieur Monti à la tête du gouvernement italien. Il a été nommé Sénateur par le Président (une prérogative prévue par la constitution italienne). Cette démarche, même faisant partie de la Constitution italienne, n’est elle pas un moyen détourné de « garantir » un minimum de légitimité « politique » à ce nouveau chef de Gouvernement ?

N’y a-t-il pas un problème, lorsque l’on confie la gestion d’un pays, à un groupe de professionnels en dépit de tout raisonnement politique ? Doit-on, comme pour la Grèce, ignorer la voix du peuple ?
Doit-on considérer que quelques uns savent mieux qu’un ensemble ?
N’est-ce pas ce dernier point qui est l’origine d‘un courant populaire mondial montant appelé « les indignés » ?
Quel est réellement, tant pour la Grèce que pour l’Italie (et prochainement pour d’autres), le respect du droit à l’autodétermination garantit par l’article 2 de la déclaration universelle des Droits de l’Humain ?

Nous avons su dénoncer le fait que Dominique De Villepin soit nommé Premier Ministre en France sans jamais avoir participé à une élection. Et là, nous assistons à un « applause » collectif qui laisse comme arrière goût la soumission d’un Etat au dictat des marchés.

Ou est l’Europe ? Quel est son rôle ? La mutualisation des dettes au niveau européen ne permettrait elle pas de réduire le niveau des taux d’intérêts en garantissant une plus grande force sur les marchés ?

Bien sûr, dans la constitution italienne, ce gouvernement est de plein droit mais sur le plan éthique -cette éthique qui manque tant à la vie politique dans beaucoup de nos démocraties modernes- comment le peuple italien acceptera t’il les décisions douloureuse que Monsieur Monti va devoir mettre en place sans qu’il n’y ai eut une refonte de l’assemblée Parlementaire ?

Et, plus largement, doit on considérer, quelque soit la situation d’un pays, que des agences de notation, dont il n’existe aucun contre-pouvoir, puissent déstabiliser de la sorte des Etats au mépris des peuples qui ne sont responsables que d’avoir « gobé » les promesses de ces « quelques uns » toujours mieux informés et considérant que « ce n’est pas la rue qui gouverne » ?
Remettons nous face à l’histoire pour comprendre le poids de la spéculation obligataire et le poids réel de « la revanche » dans le déclenchement de la seconde guerre… Il se peut que l’éducation enseignée soit quelque peu chahutée !
Malgré l’excellence de la tribune parue dans le journal Le Monde et écrite par Sylvie Goulard, citant le rôle espéré comme probablement salvateur de « Super Mario » dans notre Europe si secouée, souvenons nous que, malheureusement, l’Europe n’est pas une nation et qu’elle doit accepter, par l’absorption, ou par l’éviction, les choix des peuples sans avoir peur de s’y confronter.

 

Emmanuel Vrel-Lavezzi 

dimanche, 09 octobre 2011

Primaires, les effets pervers de la "démocratie"…

 

Tout le monde ou presque salue l’exercice démocratique initié par le PS en réalisant des primaires publiques en France.

 

Or, dans une république où l’on a un rendez-vous électoral chaque année dont un rendez-vous électoral à scrutin majoritaire chaque dix-huit mois ; les effets pervers se dessinent et risquent fort de pénaliser… l’avenir du pays !

 

Sept ans c’était long, disait on alors pour un mandat présidentiel… Cinq ans en revanche, c’est court pour ressentir les effets réels à long terme d’une politique (bien que reconnaissons qu'à l'heure actuelle, une année avait déja fait assez de dégâts). On sait bien que dix-huit mois avant une élection, plus aucune décision « douloureuse » n’est prise, même si nécessaire. Si elles l sont, c'est dans des circonstances exceptionnelles et toujours amorties du calcul de l'impact électoral à venir.

Tout le monde est dans les promesses, les compromis, et l’on finance par l’emprunt des tonnes de niches et « idées » pour alimenter le plus largement possible les réseaux d’influences.

 

Le système de primaires que le PS met en place renforce ce procédé. Il est donc nocif à la république. Il met en jeu une confrontation politique éloignée de réelles échéances en les avançant.

 

De ce fait, le citoyen, déjà difficile à déplacer dans des bureaux de vote, est toujours plus sollicité… Il devient donc toujours plus important de « l’amadouer » à coup de promesses !

 

On a entendu, durant la primaire les « promesses » intenables des Hollandes, Aubry ou Royal pour ne citer qu’eux parmi les candidats les plus capables d’être plébiscités. Montebourg pourrait faire l’objet d’une mention spéciale pour son idéologie rétrograde qui zappe totalement le fait que la France fait partie… du monde !

 

Et Valls qui lui se fait distancé d’avoir trop prêché… qu’il fallait de la rigueur… Probablement est-ce celui qui permet de confirmer cette hypothèse que les rapprochements électoraux nuisent au bien du pays à long terme ! Et les 30 dernières années démontrent l’état d’endettement du pays à trop vouloir donner à son clocher ! Tantôts des aides plutôt que du travail et de la dignité pour « prouver » qu’on est « gentils à gauche », tantôt des exonérations et baissent d’impôts pour « garder les riches parmi nous » et s’offrir des séjours en yacht et autres diners au Fouquet’s.

 

Le bilan de tout cela : Un endettement dramatique qui va demander d’entrer dans une rigueur sévère, pénalisant obligatoirement ceux qui ont le moins de ressources, afin de rétablir un équilibre si l’on veut sauver notre système social unique au monde. Sans quoi, nous devrons nous résoudre dans l’avenir à laisser tomber nos protections coûteuses mais solidaires pour des systèmes individualistes onéreux et accessibles uniquement à des élites!

 

Bref, comprenez qu’on ne gagne pas une élection dans une république de court terme sans faire de belles promesses intenables !

 

Un calendrier politique se faisant sur des primaires est donc la promesse en lui-même du mensonge perpétuel aux électeurs.

 

Pour mémoire, par ailleurs, la majorité des partis politiques en France élisent un « premier secrétaire » ou un « Président » de parti. Une consultation interne certes, mais qui a le mérite de représenter les idées du groupe. Non les désidératas du peuple qui, par définition, pensera d’abord à l’instant plutôt qu’à l’avenir…

 

Le rôle d’un politique est d’oublier sa côte de popularité afin de préparer l’avenir du pays ! Il est temps de dire la vérité au peuple français ! Une élection présidentielle ne devrait jamais se préoccuper des années de son mandat, mais des années à venir après ce mandat ! Les décisions d’aujourd’hui changent notre façon de vivre… dans l’avenir !

 

Ceci étant d’autant plus vrai en temps de crise vu l’individualisme grandissant dans nos sociétés.

 

Soyons francs !! Faire « choisir » le « candidat préféré » des français revient à dire : Nous n‘avons plus d’identité propre en laquelle nous croyons alors nous vous demandons de choisir votre préféré (pour être sûr d’avoir le maximum de chances de gagner l’élection à venir)…

 

Si cela peut sembler de « bonne guerre » au préalable, il faut reconnaitre que la place aux idées est restreinte à son minimum. On a d’ailleurs pu constater que des candidats socialistes, aucun ne pouvait se permettre de remettre en cause un programme commun qu’ils ont tous signés !!! (Un programme qui reprend la retraite à 60 ans sans en garantir le moindre euro de financement).

 

Et faut il rappeler que quelque soit celui qui fera la course comme Candidat à la candidature chez nos confrères du parti socialiste, s’il venait à gagner la présidence, ses « adversaires » de la primaire seraient sans nul doute au sein d’un projet de gouvernement !!! Ce paradoxe définit donc la supercherie présentée aux français. Choisit-on un personnage ou un projet ? A quel moment expliquera-t-on, plutôt que d’applaudir, que l’on se moque des citoyens ??!!!

 

Les partis politiques en France élisent leur propre représentant. Il me semble que ce sont ces représentants qui doivent représenter leurs idées lors des échéances électorales ! La redondance d’élection n’est pas de la démocratie, c’est un masque qui dresse un écran de fumée sur des idées inexistantes ou inapplicables ! En l’occurrence, les deux dans ce cas !

 

Le PS a introduit en France la notion de « TV réalité » en politique ! Choisissez celui que vous préférez… En comme toute émission de TV réalité, celle-ci n’est pas gratuite puisqu’il aura fallu s’acquitter d’un euro pour donner son avis (quid des plus démunis qui courent 1 euro pour acheter le pain du jour ?? N’est-ce pas la première cible du PS ?? Ou le cible serait elle plutôt des personnes ne pouvant plus connaitre la vraie précarité qui auraient besoin de se donner une conscience ??)… Ne parlons pas du document que l’on fait signer aux participants à cette caricature démocratique !

 

Caricature dans le sens où elle ramène l’élection présidentielle à 3,5 années puisque cela fait un an que l’on entend parler de ces primaires ! Sans que personne ne se pose la question de l’équité sur le temps d’accès aux médias !!!

 

On voit, aux USA, que sur un mandat de 4 ans, passé 2 ans, les présidents sont  verrouillés par le système, étant alors dors et déjà en campagne permanente ! Tous les observateurs en France n’ont d’ailleurs de cesse, au moment des élections américaine, de rappeler que le Président élu n’a que 2 ans pour réaliser son programme !

 

Où sont les débats d’idées ??? Dans une République où les confrontations électorales sanglantes sont permanentes, quelle peut être la place aux consensus et aux unions d'opinions ??!!

 

Dans la situation actuelle de notre pays, de l’Europe, peut-on se permettre le luxe d’un étalage de promesses plus coûteuses les unes que les autres ? A n’en pas douter, l’UMP pourra surenchérir afin d’exciter à sont tour, ses réseaux d’influences !! Le PS n’a pas oublié ses « amis » de la fonction publique nationale, ceux qui sont de toutes les manifestations, justes ou pas, et qui, ne cotisant pas à l’UNEDIC, ignorent ce qu’est réellement la solidarité envers les chômeurs ; ainsi que le tissu associatif, tellement asséché par l’actuel gouvernement qu’il n’hésitera pas, afin de survivre, de faire bloc derrière un PS dépensier.

 

Mesdames et Messieurs qui vous présentez face au pays, prenez vos responsabilités et surprenez nous dans un vrai combat d’idées et de projets que vous perdrez la tête haute !

 

La démocratie, c’est de respecter le temps électoral. En l’absence de représentations proportionnelles dans nos différentes assemblées, le système des Primaires est une impasse, un miroir aux alouettes où ne se reflète que l’ombre d’une démocratie appelée « marketing » !

 

Emmanuel Vrel-Lavezzi

 

 

lundi, 21 mars 2011

Cantonales: Le MoDem rayé de la carte!

Un PS qui se renforce sans gloire ni projet, profitant du seul rejet de la politique gouvernementale, un UMP dont le seul constat est l'impuissance à justifier sa politique pendant que la France sombre dans les profondeurs marines, torpillée par des idées communautaires puantes. Le PG émerge et vient confirmer qu'en période de crise, seule la démagogie est entendue par les craintes qu'elle soulève. La remontée d'EE n'est toutefois pas crédible en pleine crise nucléaire et il faudra attendre que celle-ci s'épuise pour voir son soufflé retomber.
Mais le seul parti qui gagne l’élection au premier tour avec une majorité écrasante, c’est le PA (ndrl : Parti des Abstentionnistes). Avec 55% des suffrages, n’est il pas temps de considérer que l’ensemble de la classe politique doit reprendre sa copie depuis une page blanche ??
Quand au MoDem, il est rayé de la carte !!! Devenu parti pour perdre, ses candidats se présentent "sans étiquette", sans moyens, sans pupitres! Portant une alternative responsable et raisonnable, il ne parvient pas à se faire entendre par des positions "molles", des propositions insuffisamment clamées et une position d'indépendance qui, à 1,25%, n'est plus choisie mais subie!! Lâcher les roquets, qu'ils mordent aux mollets et arrêtez les discours de bisounours!!! Où est la révolution orange de 2007???!! Pas dans la rue c'est certain! Il faut stopper les réunions à huis clos pour accompagner et représenter la population sur les pavés! Le Centre est la meilleure réponse pour une sortie de crise avec le moins de casse possible, mais pour cela, il faut se faire entendre!
Comment peut-on prétendre à la représentation nationale si on ne sait pas se représenter soit même dans la rue??!! Sans être de toutes les manifs et tomber dans la caricature de ces partis qui cherchent à récolter la misère sous forme de bulletins de votes, le MD doit se bouger s'il a une quelconque ambition autre que celle de battre le record de l'oubli!!!
Sans une véritable stratégie d’attaque sur sa communication, sans abandon de sa position de « victime » et sans remobilisation de sa base, quelle légitimité le MD peut-il avoir à vouloir être représenté en 2012 ?
De 18% à 1,25% en 3 ans, j’ai honte ce matin de mon engagement, bien que fier de mes idées et fier du projet emmené par les membres de ce mouvement !
Emmanuel Vrel-Lavezzi

vendredi, 03 septembre 2010

Affaire de Classes

Affaire de classes !

 

 

On le vit, on le voit, l’écart des classes sociales s’étend ! La crise étant passée par là, ou pas en fait. Le fruit d’une politique, de politiques d’hier et d’aujourd’hui qui mettent à mal toutes valeurs basées sur l’échange humain, la connaissance, les autres.

 

Durant la dernière année,  j’ai pu suivre un cursus universitaire. Pour cela il m’a fallu partir de ma province, une ville de charme, baignée de soleil et de vignes. Gaillac, au cœur du pays de cocagne.

 

Je suis parti pour Marseille. Une autre ville baignée de soleil. Et d’ordures.

D’ailleurs sur la route le 24 septembre 2009, à la radio, j’écoutais le scandale des déchets du tri sélectif. Une affaire dans laquelle le contribuable paie, tri, et dans laquelle les déchets sont acheminés au final comme des déchets ménagés courants.

Une ville d’accueil ! Une chaleur humaine au sein d’une mégapole ! Peut-être une exception en France ! Une mixité sociale impressionnante. A peine arrivé, perdu, j’ai pu demander mon chemin. Nul besoin de s’y reprendre à plusieurs fois d’ailleurs. Le premier passant fut le bon. Mais il m’apporta en quelques minutes bien plus qu’un chemin. Une histoire. La mienne, la sienne, celle d’un habitant d’une ville en France ou la fierté d’en être dépasse de loin toutes les autres !

A tel point qu’il en oublia de m’indiquer le chemin pendant que les autos s’empilaient derrière moi. Quelques klaxons mais raisonnables. Et cet homme que je ne connaissais pas me demandait d’où je venais, où j’allais. Il m’indiquait la Bonne Mère, le vieux port, bien loin de mon chemin vers une résidence universitaire des quartiers nord.

J’étais passionné par son discours me racontant ce quartier que je traversais sans connaitre. Presque vingt minutes ! Je n’ose imaginer une telle chose à Paris ou plus proche de chez moi, à Toulouse. Repartis, je me sentais accueillis par mes hôtes. Beaucoup d’hôtes ! Et de ces vieux quartiers populaires, j’avançais alors vers les quartiers nord, me rendant compte que j’étais déjà passé devant en arrivant. Etait-ce par ailleurs mon cerveau qui refusait d’imaginer que c’était là mon point final ?

La cité U. Autant vous dire qu’à trente-cinq ans, ça fait bizarre. J’aurai pu, peut-être trouver plus décent. Mais le temps m’avait été compté dans ma course aux dernières places dans un IUT. Quelle chance là encore ! Le directeur de la cité U avait accepté ma requête faite par mail pour une « piaule ». 9,60m² ! Spartiate. Un lavabo, un miroir piqué, un bureau qui mériterait d’être réformé, une baie vitrée lumineuse donnant sur… un autre bâtiment. Un lit en fer avec un matelas de mousse sous sa house en nylon. Deux chaises dont la seule réflexion qui me vint fut de me demander comment faire entrer deux personnes dans la pièce pour les utiliser.

Comme dans toutes bonnes cités U, une « cuisine » collective à chaque étage libre d’accès. Un réchaud et un évier rassemblés par un plan de travail dont le carrelage était explosé.

Des douches communes ou il était compliqué de faire monter de l’eau chaude qui devait traverser les trois premiers niveaux avant d’arriver. Insalubre ! Des toilettes communes également. Là encore, une hygiène déplorable. Le collectif ne responsabilise plus les usagers. Depuis bien longtemps d’ailleurs. En arrivant dans cet espace, je me rendais compte que ce collectif avait perdu son aspect « sacré ». Et je me sentais alors déjà blessé. Moi qui sentais que j’avais eu une telle chance d’avoir accès à ces installations. Comment ne pas juger de l’état de délabrement tout en se considérant chanceux d’y être.

Ainsi c’est la découverte des quartiers nord. Des barres d’immeubles, plus sinistres les uns que les autres lorsqu’on a vécu dans une ville du sud ouest de onze mille cinq cents habitants.

Un centre commercial permet la nécessité dans ce quartier du Merlan. Un dé-stockeur de produits envahit tous les jours par une foule aux abois. Produits de première nécessité. Un genre d’épicerie sociale qui n’en est pas où les services d’hygiène semblent ne pas s’aventurer. Un petit scandale qui vaut mieux qu’une foule qui ne pourrait se nourrir dans les commerces traditionnels.

N’étant pas aux abois, j’ai fais mon premier ravitaillement au centre commercial, celui du Merlan, plus complet aux produits courants dans un hypermarché de cette taille. Et là, stupeur !  Lui aussi est sale, dépouillé. Et je me rends compte que les prix affichés sont plus cher qu’ailleurs. Au cœur d’un quartier pauvre ou les ressources sont souvent issue de la solidarité faute de véritables portes de sortie dans la cité, un nouveau scandale. Car les gens n’ont pas toujours de véhicule. Ils viennent à pied ou en bus et font donc des trajets courts pour leurs ravitaillements. Je parcours ce magasin que je trouve peu accueillant au fil des allées. Le commerce ici est celui des numéros. On ne se sent pas pris différemment, quelques soient les sommes dépensées. Malgré la conservation de mon salaire grâce à mon reclassement, je me rends compte qu’il va falloir compter dans cet endroit plus que d’ordinaire.

L’heure du passage en caisse sonne alors. J’attends, comme tous les autres au cœur de cette foule anonyme rangée par pile derrière les caisses en attendant sont tour. Je ne peux m’empêcher de regarder, gêné, avec une boule au ventre. Là encore, je me rends compte de cette misère qui envahit ce centre voué au commerce, surenchérit par l’incapacité des clients à faire un plus long trajet vers une concurrence certainement moins chère.

Je me rends compte que mes habits ne se fondent pas dans le décor. Oh bien sûr les gens sont habillés de toutes sortes. Mais leur vêtements ne sont pas nets, vieillis pour la plupart. L’attention semble sur ce point se porter sur les enfants pour qui des marques sont choisies. Une façon de se fondre dans la masse en respectant les codes dictés par une société consommatrice de logos. Les tapis des caisses sont pleins. Beaucoup de familles nombreuses me semble t’il. L’étalement des produits reflète encore ce que dans la rue on tente de dissimuler. Des produits bas de gamme, synthétiques, édulcorés dont seuls les arômes artificiels garantissent un goût, s’il peut même être nommé ainsi. Au milieu, quelques bouteilles de sodas de marque, quelques rares produits futiles mais devenus nécessaires. Pas dans la vie évidemment, mais peut-être juste l’extra qui permet de se sentir plus à l’intérieur de la société qu’en marge de celle-ci. Si ces produits arboraient une estampille « vu à la télé », ce serait un cliché mais finalement, même sans, l’empreinte de la pression des communiquant révèle son poison injecté par doses devenues si massives quelles semblent si indolores au paraitre. Là se révèle ce fameux malaise. Déjà perceptible dans les campagnes bien que moins présent, et affrontant sans pudeur mon regard empreint d’un malaise profond au défilement des bips de la caisse. Viens alors le moment du paiement alors que les enfants pleurent pour les quelques gourmandises que leurs parents ont reposé en bout de caisse, ne prenant même pas soin de les ramener sur l’étale. Comme pour éviter un scandale, ils cèdent partiellement ; semblant contents autant qu’inquiets d’imaginer avoir offert un peu de bonheur à leur progénitures.

Ce bonheur qu’ils ne peuvent trouver dans leurs habitats empilés, enchainés aux blocs, ceux des tours, des barres puantes. Ce bonheur perdu dont la définition semble si abstraite qu’ils ne peuvent plus la percevoir.

Cela pourrait il être autrement ? La définition du bonheur, s’il en est une, pourrait être de s’accommoder de ce que l’on vit en pensant que la vie est une chance et que le partage en est l’essence. Mais comment trouver les choses belles dans cet amas de merde ? Comment donner, transmettre l’espoir et la connaissance lorsque la vie se résout à survivre en étant tout aussi sollicité par le fonctionnement de l’ensemble ?

La caissière termine et indique le montant. Et là, cher, pas cher, petites ou grosses sommes, le spectacle est souvent identique. Trop souvent. Ce spectacle commence en couple par la carte bleue du monsieur ou de la dame, trois tentatives… Puis le conjoint, trois tentatives aussi. Alors ces familles, ces couples ou ces gens, gênés de n’être ces consommateurs qu’on glorifie, se regardent, sachant le nouveau fardeau qui s’annonce ensuite pour couvrir un compte déjà foudroyé au dix du mois, et sortent le chéquier. Un chèque. Comment même imaginer qu’il sera provisionné alors que les tentatives en paiement électronique ont échoué ? La caissière fait tantôt une légère grimace, presque imperceptible, tantôt son attitude est normale, comme si cette situation était devenue banale, presque naturelle.

Mon tour vient. Je pourrai alors être fier ! Fier d’avoir un shampoing de marque, fier d’avoir choisit des produits labélisés. Mais j’ai honte. Je me sens de plus en plus mal car devant mes produits, derrière, il règne la misère. Moi qui n’ai pas un revenu important mais suffisant en étant vigilant, je me rends compte que j’ai honte d’avoir. Mais alors je touche à présent cette idée que j’ai depuis longtemps. Bien sur que la consommation aide l’économie et les familles, mais elle les brise. Je peux, mes quelques produits, mais je réalise alors que je n’ai pas davantage touché le bonheur que ces familles qui m’ont précédés. Ma carte bleue, une tentative, ça passe et j’en ai presque l’angoisse. L’angoisse d’être à présent différent, d’être regardé, jugé. J’ai pu. Je n’ai pas voulu de ces sodas, de ces gourmandises gélatineuses. Je n’en ai pas besoin, ma vie est alors ouverte sur le monde, j’ai des échanges, un projet ambitieux, beaucoup d’espoir en l’avenir. Je n’en avais pas besoins, je pus m’en passer et je le fis.

Au milieu de cette misère, celle au cœur d’un centre commercial à l’enseigne de renommée mondiale ! Celle dans un lieu dépourvu d’investissements qui suscitent l’achat. Normal j’ai envie de penser, autant ne pas trop pousser à la consommation. Mais d’un autre coté, les galeries marchandes de Plan de Campagne doivent ressemblées à la place Vendôme pour les habitants des quartiers nord. Et quelle dignité leur reste t’il alors ? Ils consomment eux aussi, avec leurs moyens, comme ils peuvent, sans provisions ou pas, ils cherchent juste à survivre avec leur familles. Je ne m’étendrai même pas sur les indices de poids. Je me sentais presque maigre. Et lorsque l’on voit l’étale de leurs produits achetés, on ne peut considérer que cette surcharge pondérale est liée à la gastronomie mais plutôt à son absence.

L’état de saleté régnant dans le magasin est une insulte par ailleurs. Dans un lieu insalubre qui ne respecte plus les humains, les humains ne s’y respectent plus son plus. Il faut au minimum entretenir et cela semble un investissement bien lourd au regard des marques qui finissent par tatouer les sols.

Marseille et sa Bonne Mère me semble alors une ville si sale et ses habitants si chaleureux pourtant. Une révolte devant ces gens qui jettent leur détritus à même le sol dans les rues. Mais je finis alors par comprendre que là encore, ils ne se respectent plus eux même. La crasse prend le dessus, même sur les corps. Le dégoût de soit va jusque là. La misère, dans tous ses états. Elle est sans pudeur, se montre, se désigne, arbore les derniers vestiges des femmes et des hommes qu’elle a soumit à ses exigences. Elle torture qui la regarde pour l’envahir à son tour, elle rafle sournoisement ceux qui tentent malgré tout de la fuir. Et comment la fuir ? Dans des quartiers surpeuplés, voués à une autocratie des bandes, dernières gardiennes d’un nouveau code civil propre à chaque quartier. C’est toujours du sceau de la misère que sont scellées ces « constitutions ». Les bonnes âmes diront depuis leurs tours d’ivoires qu’il faut de la volonté que, avec elle, on s’en sort. Malheureusement, si le football fait rêver cette ville qui vibre aux sons du stade, peu de Zidanes sortent en réalité des quartiers nord.

A quoi bon l’écrire, Hugo l’a si bien fait bien avant moi. C’est tellement actuel !

Un soir, j’ai pu me rendre au vieux port, le lieu de rendez-vous d’après les matchs, de toutes les manifestations du plus vieux port marchand de méditerranée ! Se garer, une quête de places inexistantes. Je choisis alors un stationnement en parking en sous sol. Evidemment, quel idiot. Le parking est surveillé et à chaque niveau, il y a des places privées protégées par des grilles. Quelques monospaces courants puis Porsche, Audi, 4X4 de luxe barricadés, protégés. Ceux là ne risquent pas de bruler dans une folie nocturne je pense alors. Là misère est toujours présente mais elle se cache. Misère d’un luxe qui se cache tout en s’exhibant. Un paradoxe. Plusieurs unités de CRS présents au vieux port, presque de façon permanente. Encore la misère qui rampe ici. Ils ne vont pas dans les quartiers, et par ailleurs, qu’auraient ils donc à protéger ? Ici la misère est celle de la préservation de la richesse. Celle qui nargue sans plus même s’en rendre compte. Elle agite les sens, la convoitise, la jalousie. C’est d’ailleurs elle qui se propage, elle devient le lien universel entre les hommes. Elle s’est mondialisée, bien avant Monsanto. On la voit, jonchée sur les trottoirs le soir, à l’heure ou les sans abris viennent dormir à la belle étoile, sur les pierres. Et là encore, je suis mal. Retirer de l’argent pour aller boire un pot. vingt euros car mon budget est serré. vingt euros de trop en fait. A coté du distributeur, un couple de vieux. Un sac poubelle chacun pour l’humidité, un duvet de l’armée du salut ou d’une autre structure d’urgence, du journal sur le sol, un peu de carton et le lit est fait. Je me sens torpillé de devoir retiré cet argent. Mon périple pour une bière au vieux port devient mon chemin de croix. Pour eux cela semble si naturel. Pour moi tellement irréel de voir tant de gens circuler sans même un regard, relevant la tête non par fierté, mais par peur qu’elle les atteigne. Et pourtant, je me dis à ce moment que c’est en relevant la tête que la misère vient nous crever les yeux. J’ose imaginer que la regarder en face l’affaiblit. Mais elle est si puissante, si forte, tellement bien nourrie depuis tout ce temps. On parle d’elle à gauche comme d'un fléau, on parle d’elle à droite comme d'un boulet. Finalement la misère à bon dos, elle sait arborer de fières allures sur un bulletin de vote... mais dans la rue elle rampe et se nourrit des êtres asservis ou soumis à sa raison d’être.

 Je fais alors profil bas. Je vais avec les étudiants avec lesquels je suis inscrit dans cette promotion 2010. C’est un moment de détente, et ces jeunes sont si ouverts. Je ne peux donc pas faire sortir ce que j’ai vraiment au fond. J’en aurai bien retiré davantage pour offrir à ces passagers de la nuit mais voilà. Ils ne faisaient pas la manche, ils s’apprêtaient à dormir. Et moi je me sentais entrer dans leur chambre et à coté de leur lit retirer de l’argent. Celui qui leur manque tant. Celui de la survie. Celui de ma bière.

Bien sûr cette misère, elle passe inaperçue dans la foule, lorsque les quartiers sont beaux. Mais dans les quartiers nord de Marseille, la misère est ce compagnon qui semble vous imprégner. De ces premiers jours, j’ai fuis ! Vers Aix en Provence. Non pour vivre car la cité U était une chance, insalubre mais une chance. Non, juste pour fuir la misère comme un complice l’ayant aidé à se nourrir. J’ai fuis vers Plan de Campagne faire mes ravitaillements hebdomadaires. Des lieux sains, beaux, agréables. Loin de tout. Donc beaucoup de voitures. De jolies, de moins jolies, mais des voitures. Des cartes bancaires dorées qui passent au premier essai. Des gens souriants qui, sans forcément compter accèdent à un extra, ou plusieurs. Des familles propres, habillées convenablement. Plusieurs couches sociales qui se mélangent mais qui ont ce point commun. Même si certains d’entre eux survivent, leur survie est un luxe qu’au Merlan, peu de gens peuvent s’offrir.

Je me sens mieux, mais pas moins coupable. La surprise est par ailleurs de taille, amère. Les prix sont bas, très bas. La concurrence fonctionne là où pullule la consommation de masses. Les produits sont bien présentés, tout est fait pour acheter. Les systèmes d’air conditionné fonctionnent parfaitement.

L’immense zone commerciale est ouverte le dimanche. Ce fameux jour que certains ont considéré important de sacraliser, ou de désacraliser. Je note au passage que la plupart des magasins sont fermés le lundi… C’est à mourir de rire, mais mourir de rire, c’est mourir quand même. Fermés le lundi et ouverts le dimanche !! Et je demande alors quel est ce piège ?! Car c’est un piège ! Je crie haut et fort que je ne suis ni croyant, et encore moins d’aucun culte mais cette règle du dimanche chômé, si je lui reconnais un avantage, c’est de donner la possibilité pour que le maximum de familles aient au moins un jour en commun pour se réunir ! Hors, là, il ne s’agit pas d’ouvrir plus pour faire plus de recettes mais de décaler ce jour d’union de la famille. Hors, sans cette journée, comment faire pour que des enfants puisse voir leur parents, grands-parents ? Il semble alors clair que l’idée est de tirer ces familles de chez elles pour les contraindre de façon très fourbe à profiter de cet instant en famille dans un espace voué à la consommation de masse. Comme pour défaire les liens dans un monde où pour exister, l'unique solution argumentée est de consommer.

Nous savons tous la liquéfaction des liens familiaux structurels dans nos sociétés modernes. J’ai pensé, plutôt espéré, que le butin soit important pour un tel sacrifice social.

La misère ici frappe encore, sous un nouveau visage. Mais cette fois je peux y répondre ! Facilement ! Je refuse alors le rendez-vous prit pour le dimanche dans un magasin pour retirer un ordinateur devant me servir pour mon cursus. L’idée que le magasin ne soit ouvert que le mardi ne m’avait pas effrayé et je me sentais parfaitement apte d’expliquer au directeur d’étude, si besoin, pourquoi  je passerai les deux premiers jours de mon cursus sans cet outil de travail indispensable. Je n’en ai pas eu besoin la première semaine, ce qui m’a permis de garder ce détail pour moi. Mais j’avais repris un peu de ma fierté ! Celle là même qui me fait encore regarder avec dédain ces caisses « rapides » automatiques sans salariés qui pullulent dans les hypermarchés.

Là où il y a de l’argent, il y a la misère. Et puisqu’il y a beaucoup de misère, alors il y a beaucoup d’argent. Une équation simple finalement. L’argent, cet outil extraordinaire qui permet d’échanger toutes choses utiles ou pas est devenu un dogme, une raison d’être et pire à présent, plus que jamais, une raison d’Etat.

Mais quelque soit notre place dans cette société qui s’est vidé depuis bien longtemps de son essence, la misère nous touche tous. Ensuite, elle décide du rang qu’elle nous accorde entre asservissement et soumission. Mais là, c’est une affaire de classes.

 

Emmanuel Vrel-Lavezzi